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Dans l’enfer vert du Nürburgring

Par ideactest, le 15/05/2018

Parmi les grands évènements qu’il m’a été donné de vivre, participer, par six fois, en tant que pilote aux 24 heures du Nürburgring, restera comme l’un des plus forts à tous égards.

Situé aux confins du Eifel, région très vallonnée et forestière voisine de Cologne et du Luxembourg , le circuit automobile du Nürburgring est sans aucun doute le plus effarant tracé qui existe au monde. Une succession de plus de cent virages, tous plus « piégeux » les uns que les autres s’enchaînant à une vitesse terriblement élevés servent de théâtre à la plus incroyable des courses d’endurance au monde. Rien à voir avec Le Mans qui accueille  le duel classique des grands constructeurs mondiaux dans le cadre d’une très prestigieuse course devenue mythique.
Les 24 heures du Nürburgring, c’est la course folle par excellence. Rien n’est raisonnable dans cet événement qui aura inspiré les créateurs de Gran Turismo, le jeu phare de Playstation pour les connaisseurs …. Le triple champion du monde Jackie Stewart assurait: « Si un pilote vous dit qu’il n’a pas peur sur le Ring, soit il ment, soit il ne va pas assez vite pour comprendre ce qu’est le Ring. »
Sur un tracé de 27 kilomètres, au relief très changeant qui apparente cette piste à une descente à ski de coupe du monde-on pense à la Streif à Kitzbühel ou Bellevarde à Val d’ Isère- vous faites face à des sauts désaxés- oui votre voiture décolle littéralement- aussitôt suivis de virages aveugles ; les compressions sont si fortes qu’on a du mal à arracher le pied de l’accélérateur pour le jeter sur le frein, et le tout en maintenant son engin au milieu d’une rangée de rails qui ne vous quitte pas pendant toute la durée du tour de circuit.

Ring Master, voilà le surnom donné aux meilleurs d’entre nous qui ont la chance et l’estomac-   cette course dingue impose d’avoir les deux- d’inscrire leur nom au palmarès des 24 heures du Nürburgring. La passion, l’émotion, l’ambition déraisonnable d’être le plus rapide-bien au-delà des 200 km/h sur certaines portions- peut coûter très cher à ceux d’entre nous que les événements de courses ou un optimisme mal contrôlé jettent violemment sur un rail et mettent ainsi fin définitivement à l’aventure… au moins pour l’édition en cours, car on revient toujours sur le Ring.
Piloter sur cette piste folle au volant d’une Porsche Gt3 r ou d’une BMW Alpina, avec de 400 à 600 chevaux sous le capot, aurait amplement suffi à mon bonheur. Mais les 24 heures du Nürburgring ont toujours été  beaucoup plus qu’un simple défi entre pilotes passionnés et amoureux du danger et de la vitesse.
Cette course est en effet d’abord et avant tout un événement grand public très comparable par la ferveur mondiale qu’il suscite au Tour de France cycliste. Ils sont plus de 400 000 spectateurs qui vivent pendant une semaine au rythme des essais et de la grande course pour assister à l’affrontement de près de 250 concurrents. C’est hallucinant.

Jamais seul au volant

Au cours de mes  six participations, j’ai, à deux reprises, eu l’honneur de prendre le départ. Quelle sensation unique de parcourir pour la première fois les 27 kilomètres de cette boucle folle au milieu d un public en liesse qui vous soutient parce que vous pilotez pour sa marque préférée, Porsche ou BMW. On peut vraiment parler d’une communion entre le public acteur passionné de cet opéra démesuré et cette horde de quelque 250 voitures lâchées en pleine forêt à la conquête du Graal, la victoire !
Ce public, c’est tout autant que ce tracé dément, l’âme de la course. Massés sur tous les spots chauds du circuit, les spectateurs guettent chaque passage spectaculaire voire… fatal ! En toute honnêteté, le goût pour le crash est aussi fort que l’admiration pour le geste virtuose.

On a beau enchaîner les tours et se concentrer sur la course, chaque période de la journée réserve ses surprises sur la Nordschleife (« boucle nord »), partie la plus spectaculaire du circuit. Une fois passée l’émotion du départ, on ne sent jamais seuls au volant.  En fin d’après-midi, ce sont les volutes de fumée parfumée à  la saucisse grillée qui envahissent la piste et …. vous donnent faim !

Il arrive hélas qu’on ait la malchance de tomber en panne et parfois de manière définitive quelque part, loin là-bas des stands, au cœur de la forêt… Eh bien s’il y a un endroit sur terre où le statut de pilote, même amateur -je peux en témoigner- est vénéré c’est ici au Nürburgring. Car alors, les spectateurs vous prêtent main forte, vous aident à réparer, remettent de l’essence… et vous offrent des saucisses grillées. Instant unique de partage !  Dans cet incroyable événement, pilotes, commissaires de piste, spectateurs, tout est dingue dans cette course et tout se vit en communion.

La nuit réserve elle aussi ses surprises dans cette course folle qui voit les abords de la piste et la forêt s’illuminer de centaines d’enseignes, de néons, de grands feux  de bois. Les spectateurs dansent et font la fête. Incroyable contraste entre le lâcher prise général de cette foule et la concentration absolue dont nous devons faire preuve au volant de nos voitures. Et pourtant, nous sommes à ce moment précis, tous ensemble, acteurs d’un même évènement. C’est le règne de l’ici et du maintenant !

Rien d’autre que la course n’existe pour aucun d’entre nous, pilotes ou (et) spectateurs; la course crée l’évènement ; point de rencontre, de fusion, entre le public et les compétiteurs, la course apporte aussi une reconnaissance, incroyable, envers les marques, celles des constructeurs. Au petit matin, nous sommes encore surpris de voir ces fans nous encourager du geste en brandissant leurs oriflammes aux couleurs de BMW, Porsche ou Audi.

Et à l’heure de l’arrivée, l’après-midi, quel que soit votre classement, ils sont de nouveau là, au bord de la piste pour vous acclamer, toucher votre voiture, pour vibrer une dernière fois avec vous à l’issue de ces 4500 kilomètres de folie.

Comment s’étonner alors de l’attachement de ces centaines de milliers de personnes à ces marques qui leur ont fait vivre un moment exceptionnel ? Et cette émotion, chacun d’entre eux la fait partager à ses proches, ses amis par des milliers de messages via les réseaux sociaux. On estime que chaque spectateur alerte ainsi en moyenne sept personnes !.Ajoutez également les retombées média de cette course sans pareil et vous comprendrez l’impact de cet évènement pour les marques qui les animent, BMW, Porsche, Audi, Red Bull, Phoenix…  Ces sensations, cette vague d’émotions collectives, j’ai pu personnellement les « toucher du doigt » sur le circuit du Nürburgring. Je les ai retrouvées aux 24 heures de Spa, avec en supplément la fierté personnelle de grimper sur la première marche du podium en 2010 dans la catégorie GT3.

Alors, quand une marque sait se mettre au cœur de cette folie collective, elle imprime à jamais la mémoire de ce public innombrable. C’est vrai dans cette course automobile hallucinante, ce l’est tout autant sur les routes du Tour de France ou sur la pelouse d’un grand festival de rock.

Vainqueur des 24 heures de Spa Francorchamps en 2010, Arnaud Peyroles compte plus de quarante victoires sur les circuits automobiles en France et à l’étranger. Son palmarès comprend notamment plusieurs titres : vainqueur de la Coupe de France FFSA GT en 2005, Champion d’Europe FIA GT3 en 2008, vice-champion de France FFSA GT3 en 2008 et 2010.

 

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